Classe de 4e5

Annexe 1 : 39j12

Entreprise créée par  la famille Mauchauffée en 1873, Mauchauffée s’est au fil des décennies agrandie pour devenir une très grande usine troyenne, employant jusqu’à 3000 salariés en 1914. Une très grande partie des documents de cette entreprise ont été ont été sauvés, représentant 60 mètres linéaires et permettent aux historiens d’étudier l’histoire de cette importante entreprise de bonneterie (textile).

 

 

         L’usine Mauchauffée était située rue Bégand à Troyes. D’après les statuts de 1896, l’usine est devenue une société anonyme en 1896[1]. Les dirigeants de l’entreprise étaient alors Monsieur Maurice Mauchauffée (président de l’entreprise), Georges Mauchauffée, Justin Girardin et Louis Chanvin. Ceux qui avaient le plus d’actions était la famille Mauchauffée. Le président Maurice Mauchauffée habitait à Paris, il y avait aussi Georges Mauchauffée qui habitait à Paris et Justin Girardin qui lui habitait à Troyes. Dans l’usine il y avait de nombreux bâtiments industriels. D’après les statuts de 1896 des usines Mauchauffée, « La société a pour objet la fabrication et la vente de la bonneterie et toutes les opérations industrielles commerciales et financières qui peuvent s’y rattacher directement ou indirectement ». Les statuts des usines Mauchauffée sont également parus en : 1896, 1908, 1914, 1923 et 1925. Les actionnaires étaient nombreux[2]. 

         Les usines Mauchauffée étaient une usine de bonneterie qui produisait du textile, des bas et des chaussettes. Les bas les plus anciens conservés datent de 1918 et les plus récents de 1938[3]. Des études d’échantillons de bas établissaient le prix de fabrication et celui de vente. Ainsi, d’après celle datée du 17 août 1927, un « demi-bas fantaisie » coûtait dans les 142,50 francs brut et l’usine mettait environ 12 francs de marge de bénéfice car le collant acheté en boutique était à 156 francs. Ces prix dépendaient des matériaux utilisés (pour le « demi-bas fantaisie » c’était un revers en caoutchouc et cote uni) et de la main d’œuvre. Les ouvriers mettaient environ 16 jours à fabriquer cette paire de bas[4].

         L’usine Mauchauffée comptait beaucoup d’employés comme on peut le voir dans des répertoires rédigés par des secrétaires. Les ouvriers pouvaient avoir plusieurs postes, comme « bobineur, bonneterie de coton, relr holl, loifileau, coton, hollauvair »[5]. Le plus souvent, ils restaient de 1 à 4 ans. Cependant, il y avait des « anciens » là depuis plus longtemps. D’autres restaient 1 à 3 jours tout au plus. La plupart des employés vivaient à Troyes ou proche. Les ouvriers partis ou renvoyés l’étaient à cause de leurs absences ou de leurs problèmes de comportement notés en observation dans des répertoires de personnels comme celui de 1905. C’est par exemple « forte  tête » « non-respect du règlement»[6]. Ou encore en 1903 : « ne travaille pas », « ne fait pas ses huitaines », « mauvaise tête ». Ils finissent par être virés[7].

         L’usine Mauchaufée comportait énormément d’employés, dont beaucoup de mineurs. C’est par exemple Lucie Haumonte et Nadia Alexandre qui avaient 16 ans ou encore Henriette Jacquel qui avait 13 ans à leur embauche.  Les mineurs de moins de 13 ans n’étaient pas autorisés à travailler sauf les enfants de 12 ans munis d’un certificat d’étude primaire. Les livrets de travail servaient à montrer qu’on travaillait de manière déclarée. Les différents travaux étaient par exemple : « boucleuse », « dactylo » ou encore « petite main »[8].

         Il y avait de nombreux accidents du travail à la fin du XIXème siècle et au début du XXe siècle. Ainsi, il y avait beaucoup de contusions, des coupures, des brûlures, des plaies et des accidents sur les mains (problèmes d’articulations…). Sur un registre étaient notés les accidents dans le département de l’Aube fait en juin 1899 par exemple. Il y a eu 17 accidents ce mois-ci et la plupart de ces accidents étaient des contusions. Pendant le temps d’arrêt suite aux blessures, ils étaient remboursés avec une retenue de 4 jours. Par exemple, s’ils étaient au repos pendant 8 jours, ils étaient payés pendant 4 jours. Voici un cas significatif : en 26 juin 1899 Edouard Zéphirin a un accident dans les établissements Mauchauffée, il avait en charge une mère et un jeune enfant et gagne 12 franc par mois et il a fait une demande sans doute pour être dédommagé[9].

         L’entreprise Mauchauffée avait mis en place une mutuelle pour aider ses ouvriers. Dans les procès-verbaux des séances du 11 mai 1890 au 29 septembre 1929, notamment celui du 20 août 1891, on apprend que le nombre de personnes à secourir a fortement augmenté. La mutuelle donnait de l’argent aux employés suite à leurs cotisations, en moyenne 30 ans. L’âge moyen des personnes aidées était alors de 70 ans[10].

         L’usine Mauchauffée permettait aux anciens ouvriers d’avoir une retraite suivant le nombre d’années travaillées. C’est par exemple le cas d’Emile Mailly. Cet ouvrier est né le 3 janvier 1882, il habitait 10 rue Blanche Péru à Sainte-Savine. Il est resté 34 ans à l’usine. Après avoir travaillé de nombreuses années, il a touché sa retraite. Dans l’usine, la retraite était calculée par rapport au nombre d’années restées et fonctionnait en plusieurs catégories : il y a la catégorie A qui va de 30 à 34 ans et qui fait gagner 2250 francs, la catégorie B qui va de 35 à 40 ans et qui fait gagner 2625 francs, la catégorie C et la catégorie D. Monsieur Emile Mailly a été dans la catégorie A de 1951 à 1952 et dans la catégorie B de 1952 à 1957. Il est donc mort en 1957 à l’âge de 75 ans[11].

         L’usine Mauchauffée vendait à beaucoup de clients. Ceux-ci étaient notés dans un répertoire de clients. Le répertoire servait à juger tous les clients sur leur fiabilité ainsi que sur leur capacité à payer tous leurs achats et toutes leurs dettes. Il servait également à connaître leurs situations financières ainsi que la côte de leur magasin ou leur salaire. Il servait aussi à savoir où leurs article étaient le plus vendus et achetés pour savoir quelles zones étaient les plus importantes à l’entreprise et donc où l’entreprise devait le plus « chouchouter » et faire attention à ses clients[12].

 

         En déclin après 1945, les usines Mauchauffée ont fermé  en 1978. Les anciens bâtiments représentent aujourd’hui une partie du patrimoine industriel troyen, avec ses bâtiments en acier, ses toits en shed et ses cheminées. Ils accueillent aujourd’hui des logements.



[1]     39J1, archives départementales de l’Aube

[2]     39J12, archives départementales de l’Aube. Voir annexe 1

[3]     39J1033, archives départementales de l’Aube.

[4]     39J1027, archives départementales de l’Aube. Voir annexe 2.

[5]     39J603, archives départementales de l’Aube.

[6]     39J602, archives départementales de l’Aube.

[7]     39J603, archives départementales de l’Aube. Voir annexe 3.

[8]     39J720, archives départementales de l’Aube. Voir annexe 4.

[9]     10M52, archives départementales de l’Aube. Voir annexe 5.

[10]   39J749, archives départementales de l’Aube. Voir annexe 6.

[11]   39J739, archives départementales de l’Aube. Voir annexe 7.

[12]   39J11199, archives départementales de l’Aube. Voir annexe 8.

Annexe 2 : 39J1027 Annexe 3 : 39J602 Annexe 4 : 39J603 annexe 5 : 10M52 Annexe 6 : 39J749 Annexe 7 : 39J739