Classe de 3e3

Annexe 1 : 310w270

La collaboration d'Etat

Dès l’armistice du 22 juin 1940, l’Aube, comme tous les départements de la zone « occupée », est occupée par les Allemands. Au cours de l’Occupation, qui a duré jusqu’à la Libération en août 1944, l’administration française a collaboré. Quelles formes a pris cette « collaboration d’Etat » dans l’Aube ?  Nous verrons cela à travers des documents des archives départementales de l’Aube, principalement la série 1214W (Direction départementale des Renseignements Généraux) et 310W (Archives du bureau de liaison entre les autorités allemandes et les services de la préfecture).

 

 

            Au début de l’Occupation, en 1940, des prisonniers sont emprisonnés par l’Allemagne nazie dans des camps de prisonniers. Durant cette période, l’administration française est sous les ordres des Allemands. En décembre 1940 des prisonniers troyens veulent être libérés, alors ils envoient des lettres au préfet. Dans les lettres les prisonniers sont prêts à tout pour être libérés comme par exemple s’engager à ne pas retourner contre les Allemands, en respectant les règles comme ne pas faire de propagande politique, avoir une attitude correcte, se présenter régulièrement au camp… Ils travaillent dans des services départementaux du ravitaillement, dans des parcs de réserve automobiles et comité de carburant. On comprend qu’il y a eu collaboration entre les Français et les Allemands[1].

Les fonctionnaires de l’État de Vichy sont chargés par les Occupants de surveiller les mouvements de résistance, notamment les communistes. Ils communiquent par des lettres à diffusion restreinte. Ces lettres datent pour la plupart de 1940 jusqu’à environ juillet 1941. Ces lettres ont  pour but de renseigner les Occupants sur les activités des communistes. L’administration française collabore donc avec les Allemands. Voici deux exemples de lettre envoyée par le bureau de police au préfet de l’Aube, dont les informations sont par la suite transmises aux Occupants.

 

 4 juillet 1941,

Objet : Arrestation d’un communiste au centre Jules Ferry

Conformément aux instructions contenues dans votre lettre du 4 juillet, j’ai l’honneur de vous faire connaître que le nommé Charmette Cyrille, expulsé du Pas-de-Calais et hébergé au Centre Jules Ferry, a été arrêté et conduit à la prison de Troyes ou il a été écroué par les soins du chef de Porte Allemand.

Une visite minutieuse de ses baguages restés au Centre, n’a pas permis de trouver trace d‘autres documentations. »

                                                                     Le préfet de l’Aube

 

Cette lettre nous montre que les bureaux de polices et la préfecture sont en contact pour chaque arrestation de communistes faites et de la manière dont ils sont « traités ».

 

9 juillet 1941

En réponse à votre lettre du 26 juin 1941 j’ai l’honneur de vous faire connaître que le nommé PARICAUX, Pierre, Henri ,Aventin, né le 2 mars 1909 à Troyes, demeurant 3 rue Nicola Camuset à Troyes , qui exerce la profession d’aide-machiniste à l’usine de Touron, cours Jaquin, a été connu communiste »

Cette lettre indique que la police française surveille les communistes[2].

 

           

 

            Les mouvements gaullistes sont également surveillés par le préfet de l’Aube sur plusieurs mois. Les fonctionnaires de l’État de Vichy collaborent avec les Allemands et sont ainsi envoyés pour espionner les mouvements gaullistes. Ensuite des rapports confidentiels sont effectués par le préfet de l’Aube chaque mois pour Feldkommandantur à propos de la situation du mouvement de Gaulle. Le plus souvent, le préfet de l’Aube ne signale rien de particulier. Pour qu’ils puissent communiquer entre eux, ils doivent avoir un traducteur (du français à l’allemand et de l’allemand au français). Le préfet de l’Aube raconte que les résistants simulaient des pannes de trains pour ralentir les ravitaillements, ils cachaient le blé, les pommes de terre comme le 1er octobre 1941, le préfet de l’Aube dit qu’une activité s’est manifestée au mois de septembre en faveur du mouvement de Gaulle[3]. 

En 1944, les Allemands occupent la France et donc l’Aube et s’octroient le droit de tuer des citoyens français. Les attaques sur les citoyens français sont nombreuses. L’administration française cherche à savoir quelles sont ces représailles. Les soldats allemands sont violents et les motifs ne sont pas toujours clairs: «Les motifs de cet acte sont inconnus», comme pour M.Wingerter Théophile qui a été tué au moyen d’une grenade lancé par des militaires allemands. «21 cadavres furent retrouvés, mais seuls 3 eurent été identifiés.» «VILGREUX,Robert et MICHET,Gustave ont été fusillés par des soldats allemands en battue dans les alentours de Troyes, les deux victimes avaient aux alentours de 20 ans ». Les Allemands brulent aussi des maisons, des granges, des fermes et n’ont pas de pitié pour les résidents desdites habitations. Les fuyards qui tentent de s’échapper des camions en direction de l’Allemagne n’ont pas non plus le droit de vivre et sont immédiatement tués en cas de fuite[4].

Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’administration française et l ‘Occupant collaborent dans l’arrestation et l’internement de civils français. En effet, les Allemands se chargent de les arrêter, et les Français tiennent les comptes. Pour chaque arrestation est tenue une fiche de renseignements sur le détenu, rédigée pas l’inspecteur principal MAITROT Robert et destinée au commissaire central, dans le cas de l’Aube. Entre le 9 juillet et le 13 août 1943, 11 arrestations ont eu lieu dans notre département, comme par exemple celle de MAUHOURAT René, arrêté le 13 août 1943 pour avoir été prisonnier de guerre évadé. La plupart de ces arrestations ont eu lieu sans motif connus, mais certaines semblent avoir eu lieu pour comportement anti-Occupant[5].

Les Occupants sont aidés par l’administration française pour les arrestations et l’internement des Juifs sur le territoire aubois. L’administration française est très impliquée dans l’arrestation des juifs. Ils en étaient même fiers comme on peut le constater dans certaines lettres destinées au commissariat : «J’ai l’honneur de vous transmettre sous ce pli les listes des juifs étrangers...»[6].

 

 

A travers ces documents d’archive, nous avons pu voir que l’administration française a collaboré avec l’Occupant dans l’Aube. La préfecture a pu ainsi prêter main forte aux Occupants aussi bien dans la surveillance des mouvements de résistance que dans la mise en place de la Shoah. 



[1] 310W270, archives départementales de l’Aube. Voir annexe 1

[2] 310W52, archives départementales de l’Aube. Voir annexe 2.

[3], 310W53, archives départementales de l’Aube. Voir annexe 3.

[4] 310W186, archives départementales de l’Aube. Voir annexe4.

[5] 1214W26, archives départementales de l’Aube. Voir annexe 5.

[6] 1214W25, archives départementales de l’Aube. Voir annexe 6

 

Annexe 2 : 310W52 Annexe 3 : 310W53 Annexe 4 : 310W186 Annexe 5 : 1214w26 Annexe 6 : 1214w25