Classe de 3e5

Annexe 1 : 310W270

Travail autour des archives de l'Occupation dans l'Aube déposées aux archives départementales de l'Aube

Le but de cette activité a été de familiariser les élèves avec le travail en archives, en analysant et manipulant de « vrais » documents et en utilisant une démarche historienne. Il a donc été demandé de présenter les documents, de relever les informations qui leur semblaient intéressantes guidés par des questions, de relever des exemples et citations précises de documents ou encore de sélectionner des documents à photographier… Le travail s’est fait par groupes de 3 ou 4 élèves.

Suite à cette sortie, les élèves par groupes ont rédigé un paragraphe sur les différents thèmes qui leur avaient été donnés. L’objectif était de rédiger un article à la manière d’un historien en réunissant tous les paragraphes rédigés et pour lequel l’enseignant a rajouté une introduction et une conclusion.

 

La collaboration d’Etat

La collaboration de l’administration française avec l’Occupant dans l’Aube durant la 2nde Guerre mondiale

            Dès l’armistice du 22 juin 1940, l’Aube, comme tous les départements de la zone « occupée », est occupée par les Allemands. Au cours de l’Occupation, qui a duré jusqu’à la Libération en août 1944, l’administration française a collaboré. Quelles formes a pris cette « collaboration d’Etat » dans l’Aube ?  Nous verrons cela à travers des documents des archives départementales de l’Aube, principalement la série 1214W (Direction départementale des Renseignements Généraux) et 310W (Archives du bureau de liaison entre les autorités allemandes et les services de la préfecture).

 

            Dès le début de l’Occupation (1940-1941), la France se trouve obligée de présenter des prisonniers de guerre aux autorités allemandes pour qu’ils travaillent. Ainsi, le Préfet de l’Aube envoie des lettres au Lieutenant-Colonel Gobbin pour lui annoncer l’envoi de prisonniers de guerre aux Allemands. Les prisonniers libérés font divers travaux comme dans le cas de monsieur Cervelle qui travaille à la Banque de France[1]. La plupart des prisonniers s’engagent à suivre les ordres[2]. Mais le fait que les prisonniers s’échappent pouvait arriver comme dans le cas de monsieur Frelon que l’on voit à travers une lettre du préfet datée du 11 Janvier 1941[3].

Les Français coopèrent en transmettant des informations aux Allemands sur les actions communistes. Dans cette surveillance des mouvements communistes, les policiers remarquent par exemple une distribution de tracts suspects. Les Allemands demandent également au préfet de leur joindre une liste des dirigeants communistes, des étrangers ayant eu des attaches avec le parti communiste et résidant dans le département de l’Aube et pour finir une liste de tous les étrangers qui travaillent pour le parti communiste ou ses organisations auxiliaires[4]. Par la suite, le préfet accuse des personnes haut placées, le maire de Troyes et Monsieur Cuynet, il écrit dans sa lettre du 25 juin 1941 au Colonel Commandant : « Enfin, j’apprends avec surprise que les services de police Allemande considèrent comme suspecte de sympathiser avec ce parti certaines personnalités. Il serait question notamment du maire de Troyes et de Monsieur Cuynet »[5]. Après avoir reçu les listes, ils ont pu arrêter des personnes inscrites.

            Durant l’Occupation, la police française collabore en surveillant les faits et gestes du mouvement de résistance gaulliste. Par exemple, dans  une lettre du préfet de l’Aube pour le colonel commandant de la Feldkommandantur datée du 6 novembre 41, il écrit : «j’ai l’honneur de vous faire  connaître qu’aucune activité particulière ne s’est manifestée en faveur du mouvement « De Gaulle » pendant le mois d’octobre »[6]. 

Pendant l’Occupation, de nombreux citoyens français sont arrêtés par les occupants. Les raisons des arrestations sont multiples. Cela peut être parce que les militaires français ont manqué de vigilance et ont mal effectué une quelconque mission (celle que les Occupants avaient donné), parce que certains d’entre eux sont d’anciens prisonniers de guerre évadés (en Allemagne) ou même encore parce que certains ont tenu des propos anti-allemands[7]. Souvent, les raisons sont inconnues. Prenons le cas de Mahouhat René, un ancien prisonnier de guerre qui s’est évadé en 1939 pour revenir en France et s’installer à Troyes[8]. Il s’est fait arrêter le 13 août 1945 par les autorités allemandes. Les autorités françaises ne réagissent, ne les aident pas et essayent de comprendre la situation. Pour avoir plus d’information sur ces arrestations parfois mystères, ils effectuent des fiches de renseignement d’arrestation. C’est ainsi l’Inspecteur Principal Maitrot qui a rédigé celle de Mahouhat René pour le Commissaire Central. En seulement un mois (du 24 juillet au 24 août 1943) 11 citoyens français ont été arrêtés et mis en maison d’arrêt à Troyes, du moins ceux dont on a retrouvé la trace.

Quand les résistants se font surprendre, ils se font arrêter puis ont très souvent une peine. Le commissariat central remplit alors des fiches de renseignements. Ces fiches servent à avoir des renseignements sur la personne impliquée (jour d’arrestation, âge, situation familiale…). Par exemple, sur la fiche de renseignements de Ludo Léon, il y a marqué sa profession (étameur), son jour de naissance (13 mars 1897) ou encore sa situation familiale (marié 5 enfants)[9].

            Les Allemands ont exercé de nombreuses représailles contre la population. Les documents qui nous l’indiquent sont à diffusion restreinte. Les informations viennent de rapports de gendarmeries comme celui de Troyes et ils sont destinés au Bureau de Liaison. Ils donnent le nombre de morts, où cela s’est passé, quand ainsi que les personnes présentes. Ils datent de  1944, en fin d’Occupation[10].

L’administration française s’organise pour recenser des juifs étrangers pour les livrer aux Allemands. Des listes meurtrières sont dressées et les victimes sont arrêtées par les autorités françaises pour être livrées aux occupants et être déportées dans des camps de concentrations ou des centres de mise à mort. De nombreux documents tels que des rapports de police ou des lettres circulant entre les différentes préfectures témoignent des arrestations de Juifs mais aussi de la banalité avec laquelle les fonctionnaires rédigeaient ces lettres et listes de juifs à arrêter. Certains documents peuvent être très touchant voire choquants de nos jours malgré inattention qui y est porté à l’époque. « J’ai l’honneur de vous rendre compte que le 27 janvier, les autorités allemandes ont procédés dans le département à l’arrestation des Juifs »[11].

 

A travers ces documents d’archive, nous avons pu voir que l’administration française a collaboré avec l’Occupant dans l’Aube. La préfecture a pu ainsi prêter main forte aux Occupants aussi bien dans la surveillance des mouvements de résistance que dans la mise en place de la Shoah.



[1], 310W270, archives départementales de l’Aube. Voir annexe 1.

[2] Idem. Voir annexe 2.

[3] Idem. Voir annexe 3.

[4], 310W52, archives départementales de l’Aube. Voir annexe. 4.

[5] Idem. Voir annexe 5.

[6], 310W53, archives départementales de l’Aube. Voir annexe 6.

[7] 1214W26, archives départementales de l’Aube. Voir annexe 7.

[8] Idem. Voir annexe 8.

[9] Fiche de renseignement n°129, 1214W26, Archives départementales de l’Aube

[10] 310W186, archives départementales de l’Aube. Voir annexe 9.

[11] 1214W25, archives départementales de l’Aube. Voir annexe 10

 

Annexe 2 : 310W270 Annexe 3 : 310W270 Annexe 4 : 310W52 Annexe 5 : 310W52 Annexe 6 : 310W53 Annexe 7 : Archives départementales de l’Aube, 1214W26 Annexe 8 : Archives départementales de l’Aube, 1214W26 Annexe 9 : 310W186 1 Annexe 10 : 1214W25