Inventaire du Trésor de la cathédrale de Troyes

Inventaire du trésor de la cathédrale de Troyes

 

Le 20 octobre 1429, l’évêque Jean Léguisé fait réaliser l’inventaire du Trésor de la cathédrale de Troyes. Ce document, formé de quatre feuilles de papier cousues ensemble, s’inscrit dans le contexte de réorganisation de son église par l’évêque, soutien de Charles VII, à qui il a présenté la relique de la Vraie Croix lors de son entrée dans la ville le 10 juillet précédent. Jean Léguisé publie des statuts synodaux, soutient l’activité de l’officialité (tribunal épiscopal) : l’inventaire du trésor trouve place dans cet ensemble de mesures visant à améliorer l’état moral et spirituel de l’église de Troyes, en valorisant l’église-mère, gardienne de reliques prestigieuses et d’objets liturgiques luxueux, signes de l’honneur rendu à Dieu autant que du prestige du siège local. L’inventaire est réalisé par deux notaires apostoliques et tabellions de l’officialité, commis à cette fin par l’official, détenteur de la juridiction de l’évêque et garant, ici, de la validité de l’acte établi. L’évêque est présent, ainsi que plusieurs dignitaires du chapitre, dont le doyen Jean Pougeoise, représentant l’institution qui manifeste la pérennité de l’église troyenne. Il est écrit dans une cursive peu soignée et ne comprend aucun décor ; il porte des biffures correspondant soit à des erreurs d’emplacement de l’objet décrit, soit à des absences constatées postérieurement, preuve de sa fonction utilitaire.

Le trésor, placé sous la garde de deux prêtres-marguilliers – Jean Poterin et Nicolas Gaillard à cette date –, était entreposé dans deux salles superposées, celle du bas communiquant directement avec la sacristie. Le « trésor haut » est le plus précieux ; la première partie de l’inventaire lui est consacrée. Il comporte essentiellement les reliques, à l’exception de celle de sainte Hélène d’Athyra, exposée dans le chœur de la cathédrale. Le « trésor haut » conserve également un ostensoir précieux, utilisé pour les processions de la Fête-Dieu. Si plusieurs des reliques prestigieuses de la cathédrale ont été ramenées à Troyes après la Quatrième croisade, la première que l’inventaire mentionne est une hostie miraculeuse, qui a échappé à l’incendie d’une léproserie. Il faut voir dans ces deux objets un témoignage de la dévotion eucharistique très importante à la fin du Moyen Âge. Le plat d’argent qui aurait servi à la Cène associe dévotion christique et eucharistique.

Le « trésor bas » comprend les manuscrits les plus précieux, la vaisselle et le linge liturgiques ; l’inventaire comprend également une seconde liste de manuscrits, décrits rapidement et rangés dans le « revestiaire ». Certains manuscrits sont enchaînés, selon une pratique courante à cette date pour éviter les vols. Les plus beaux manuscrits décrits ont une fonction liturgique réelle, ce qui explique leur conservation dans la salle du bas et non dans le « trésor haut ». Si leur valeur et la beauté de leur décor participent au prestige de l’église-mère du diocèse, ils rappellent aussi que le rôle des clercs de la cathédrale est fondamentalement l’office divin. Les matériaux précieux et les ornements sont précisés. Parmi les manuscrits ordinaires, on indique ceux dans lesquels les enfants « lisent », c’est-à-dire apprennent à lire.

L’inventaire du Trésor témoigne donc à la fois de la piété tardo-médiévale, christique, eucharistique, tournée vers les restes tangibles de saints ; de l’importance de la liturgie dans la vie diocésaine ; de l’honneur de la cathédrale, nourri par son Trésor dans ses différentes composantes.

 

Véronique Beaulande-Barraud