9 novembre 1870. Troyes occupée !

Soldats allemands posant devant la cathédrale de Troyes - 18 Fi 7621


 

Le classement du fonds Lancelot-Brunon (sous-série 18 Fi) par l’association des Amis des Archives de l’Aube, suivie de sa numérisation et de sa récente mise en ligne, a été l’occasion de redécouvrir deux photographies représentants d’importants groupes de soldats allemands posant, soit devant la cathédrale de Troyes, soit dans un lieu non identifié, en pleine campagne. Ces deux plaques de verre, qui ne portent aucune indication de date, ont sans doute été réalisées à l’automne 1870 ou au tout début du printemps 1871 – au vu des vêtements portés par les troupes et de l’absence complète de feuillage sur les arbres auprès desquels se reposent les militaires.

 

Ces photographies, qui complètent les trop rares cartes postales auboises consacrées à l’évènement, rappellent l’épisode tragique de la défaite française de 1870 face aux troupes de Guillaume 1er et les longs mois d’occupation que connurent Troyes et l’Aube à partir du 9 novembre 1870.

 

La guerre de 1870, souvent reléguée au second plan par les deux guerres mondiales du XXe siècle, a pourtant eu des conséquences très importantes sur le plan national et international, comme le rappelle le très important dossier que lui consacre la Direction des patrimoines, de la mémoire et des archives du ministère des Armées.

 

Pour les Aubois, elle se manifeste entre autre par le combat des mobiles de l’Aube placés sous les ordres du commandant Anne Marie André Picot de Dampierre à Bagneux (Hauts-de-Seine), le 13 octobre 1870 – combat immortalisé sur le monument des Enfants de l’Aube, inauguré le 22 juin 1890 –, par la bataille de Nogent-sur-Seine, le 25 octobre 1870, et bien évidemment par l’occupation du département.

 

Un premier groupe de Uhlans entre à Troyes dès le 8 novembre 1870, 12 jours après la capitulation de Metz. Après une brève escarmouche, qui fait un blessé de part et d’autre, la municipalité négocie la reddition et l’occupation par les troupes allemandes. Le 9 novembre, 4 000 à 5 000 soldats entrent dans la ville et s’installent directement chez l’habitant, à raison de 4 à 12 hommes par maisons. Les allemands mettent en place une double autorité, militaire et civile – avec notamment un préfet allemand, le baron von Stein, qui prend ses quartiers à la Préfecture dès le 18 novembre – et imposent un contrôle strict sur la ville et ses habitants. Une poste militaire est mise en place. La gare et les principales administrations sont occupées et gérées directement par l’occupant.

 

Les mois qui suivent sont marquées par de nombreuses réquisitions de biens matériels ou de nourriture – au moins jusqu’au 1er avril 1871, date où l’intendance militaire allemande prends finalement en charge l’entretien complet des troupes.

 

Si les archives ne conservent pas trace d’une résistance véritablement organisée, les tensions avec la population civile sont vives. L’année 1871 est ainsi marquée par plusieurs morts, dont celle d’Etienne Marie Gouard, un brasseur blessé lors d’une échauffourée le 7 février, qui décède de ses blessures dès le lendemain, ainsi que par l’arrestation et le transfert vers la forteresse de Mayence d’Emanuel Buxtorf (1823-1904), conseiller municipal ayant fait office de maire l’année précédente. Cette incarcération de courte durée (11 mai – 1ers  jours de juin 1871) marque pratiquement la fin de l’occupation. Après 10 interminables mois, les troupes se retirent en effet le 12 août, à 6 heures du matin.

 

Ce départ est la conséquence directe de la paix signée 3 mois plus tôt, le 10 mai 1871, à Francfort. Cette dernière entraîne la perte par la France de toute l’Alsace, moins Belfort, et d’une grande partie de la Lorraine, territoires érigés aussitôt en Reichsland, « bien commun de tous les Allemands ». S’y ajoutent le versement d’une indemnité de 5 milliards de francs-or et une occupation partielle du territoire français jusqu’à son versement intégral.

Soldats allemands posant dans la campagne auboise pendant un exercice militaire - 18 Fi 7622 Vue du pont de Bernières (Nogent-sur-Seine) détruit pendant la guerre  18 Fi 7620