40e anniversaire de la loi portant abolition de la peine capitale en France

Notice du registre d'écrou de la  maison centrale de Clairvaux concernant Claude Gueux (2 mars 1830) Fonds de la maison centrale de Clairvaux - Arch. dép. Aube, 48 Y 6

L'Affaire Claude Gueux : aux origines d'un combat

Né en 1804 en Côte-d’Or, Claude Gueux est condamné à trois reprises pour vol et incarcéré, en 1823 et 1829, à la prison de Clairvaux. Violent, il participe à une rixe contre un autre détenu au cours de laquelle il s’en prend au gardien-chef Delacelle, ce qui lui vaut une prolongation de peine qu’il purge à la prison de Troyes en 1828-1829. Lors de son second séjour à Clairvaux, à partir du 2 mars 1830 (n° d’écrou 11731), il retrouve son père, incarcéré à son tour pour vol à la fin de l’année 1830 et qui décède au mois de mars suivant.

 

Séparé par Delacelle de son compagnon de cellule, Claude Gueux renouvelle plusieurs fois sa requête de réintégrer son ancien atelier et la cellule d’Albin Legrand. Devant le refus de l’administration, Claude Gueux finit par tuer Delacelle en novembre 1831 puis tente de se suicider. Il est alors transféré à l’Hôtel-Dieu-le-Comte de Troyes pour y être soigné. Le 16 mars 1832, il est condamné par la Cour d’Assises de l’Aube à la peine capitale et guillotiné le 1er juin suivant place du Marché au Blé, actuelle place Jean-Jaurès.

 

Les pièces originales de l’affaire Claude Gueux sont conservées aux Archives départementales de l’Aube : le registre d’écrou de la prison de Clairvaux (48 Y 6), une notice biographique et descriptive du comportement de Claude Gueux rédigée par le directeur de Clairvaux (20 Y 1), le procès-verbal de l’arrêt de la Cour d’Assises, ou encore celui de l’exécution du condamné (4 U 22).

 

La presse locale mais aussi nationale suit ce procès avec attention et rapporte dans ses colonnes et de façon parfois partisane le déroulement du procès et de l’exécution de Claude Gueux. Victor Hugo a connaissance de cette affaire dans La Gazette des Tribunaux en mars 1832. Il s’empare alors du destin de ce forçat et écrit l’histoire de Claude Gueux sous la forme d’un plaidoyer dénonçant l’univers carcéral au XIXe siècle. Il fait du prisonnier un voleur au grand cœur maltraité par l’administration carcérale. Son crime n’étant que la conséquence des actes d’humiliation dont il fut victime, s’appuyant sur cette histoire pour condamner la peine de mort.

 

Négligeant les documents d’archives qui dépeignent une toute autre image de Claude Gueux, Victor Hugo va faire de cette figure une légende, un symbole qui deviendra la préfiguration du Jean Valjean des Misérables.

 

« Voyez Claude Gueux. Cerveau bien fait, cœur bien fait, sans nul doute. Mais le sort le met dans une société si mal faite, qu'il finit par voler ; la société le met dans une prison si mal faite, qu'il finit par tuer.

Qui est réellement coupable ?

Est-ce lui ?

Est-ce nous ? »

Victor Hugo, Claude Gueux (1834)

Notice biographique et descriptive du comportement de Claude Gueux rédigée par le directeur de la maison centrale de Clairvaux (9 novembre 1831). Fonds de la maison centrale de Clairvaux - Arch. dép. Aube, 20 Y 1 Procès-verbal de l'arrêt condamnant Claude Gueux à la peine capitale (16 mars 1832) Procès-verbal de l'exécution de la peine (1er juin 1832). Fonds de la Cour d'assises de l'Aube - Arch. dép. Aube, 4 U 22 Procès-verbal de l'arrêt condamnant Claude Gueux à la peine capitale (16 mars 1832) Procès-verbal de l'exécution de la peine (1er juin 1832). Fonds de la Cour d'assises de l'Aube - Arch. dép. Aube, 4 U 22 Procès-verbal de l'arrêt condamnant Claude Gueux à la peine capitale (16 mars 1832) Procès-verbal de l'exécution de la peine (1er juin 1832). Fonds de la Cour d'assises de l'Aube - Arch. dép. Aube, 4 U 22