Trois actes du comte Hugues de Champagne (1093-1125) en faveur d'établissements religieux du diocèse de Troyes

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Né vers 1074, Hugues est le troisième fils du comte de Blois Thibaut Ier et d’Adèle de Bar-sur-Aube. Il hérite en 1093 de son frère Eudes IV des comtés de Troyes, Vitry et Bar-sur-Aube. La même année, il épouse en premières noces Constance, fille du roi de France Philippe Ier (1060-1108) et de Berthe de Hollande (mariage annulé en décembre 1105). Il se remarie en 1107 avec Élisabeth, fille du comte de Mâcon Étienne Ier. Un fils non reconnu naîtra de cette union, le seigneur de Champlitte Eudes Ier, dit « le Champenois ».

 

Ces trois documents du principat de Hugues s’inscrivent dans la tradition politico-religieuse familiale. On le voit, ici, donner à l’église de Troyes des droits de nature économique et judiciaire ou bien accomplir ou confirmer un certain nombre de donations ou abandons de droits en faveur des abbayes de Montiéramey et de Saint-Loup de Troyes. Victime d’une tentative d’assassinat en 1102 qui faillit lui coûter la vie, et attribuant sa longue guérison à Dieu, il multiplie alors les donations pieuses. Il se montre l’allié du clergé réformateur. Molesme, où Hugues tient sa cour à de très nombreuses reprises, jouit de la faveur comtale. Surtout, il accueille avec bienveillance la fondation de Clairvaux en 1115 par son sénéchal Josbert de Châtillon, oncle de saint Bernard, puis l’année suivante favorise dans son comté de Vitry l’implantation de la première colonie claravalienne, à Troisfontaines.

 

À deux reprises, en 1107 et 1114, il se rend en Terre sainte en compagnie de Hugues de Payns et prend conscience de la nécessité de renforcer la sécurité des États latins constitués à l’issue de la Première croisade. Il assiste alors aux débuts de cette nouvelle forme de chevalerie spirituelle que son vassal est en train de concevoir, la Milice des Pauvres chevaliers du Christ. En 1125, persuadé de l’adultère de sa femme et s’estimant ainsi libéré des liens du mariage, il transmet son héritage à son neveu le comte de Blois Thibaut IV (Thibaud II de Champagne) et rejoint ce qui deviendra officiellement l’ordre du Temple en 1129. Il a alors près de 52 ans. Il meurt en Terre sainte après 1130.

 

Les signes de validation des actes comtaux

Les actes émis par la chancellerie de Hugues de Champagne comportent plusieurs procédés de validation. Ceux, habituels à la fin du XIe ou au tout début du XIIe siècle, comme la croix autographe du comte ou d’autres personnages impliqués dans la donation (ainsi la comtesse Constance de France et l’évêque de Châlons Philippe, frère de Hugues, au bas de l’acte en faveur de Saint-Loup de Troyes), ou bien la liste des témoins présents lors de la donation, à l’image de Hugues de Payns qui figure en bonne place dans la liste des personnalités de la cour de Champagne appelées à témoigner des libéralités comtales dans deux des documents présentés ici (Hugo de Paenciis, Hugo de Peanz ou encore qualifié de dominus de Peanz).

Le sceau, dont l’usage se répand progressivement depuis le milieu du Xe siècle au sein des élites aristocratiques et religieuses, apparaît à la cour de Blois-Champagne dans les années 1090. Rivé au bas de l’acte au moyen d’une incision dans le parchemin, le sceau de Hugues, rond (48 mm), représente le comte monté sur un cheval lancé au galop, vêtu d’un haubert, la tête protégée par un casque conique, tenant une lance de la main gauche et les rênes de la main droite, l’index pointé vers le haut en signe de commandement. L’écu est accroché au côté. Le sceau d’Hugues, prolongement symbolique de son autorité, affirme sous la forme d’un distique latin ce qu’il faut tenir en droit pour véridique : + QUOD MANDAT SCRIPTO FIRMAT COMES HVGO SIGILLO (Ce qu’il confie à l’écrit, le comte Hugues le confirme par le sceau).

Arnaud Baudin

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