Un "testament" du XIIIe siècle

Donation pro anima et son codicille, donnés par Oger de Méry, chanoine de Saint-Maclou de Bar-sur-Aube (1271-1272)_1

Le chapitre Saint-Maclou de Bar-sur-Aube est fondé par le comte de Champagne Henri le Libéral (1152-1181) en 1160 pour un collège de 29 chanoines séculiers vivant sous la règle de saint Augustin. Doté dès sa fondation de biens matériels, le chapitre recueille, dès le XIIIè siècle, par le biais d’acquisitions, de donations et de legs, de nombreuses possessions territoriales et des rentes, à Bar-sur-Aube et ses alentours.

Les archives du chapitre sont conservées aux Archives départementales de l’Aube, au titre des confiscations révolutionnaires, au sein de la sous-série 7G. En cours de reclassement, ce fonds contient notamment un testament auquel est cousu en annexe, un codicille, un acte ajouté au testament pour le modifier.

Tous deux rédigés en latin, ces documents sont scellés par des dignitaires religieux et laïcs de Bar-sur-Aube. On peut s’attarder notamment sur les sceaux appendus à cet acte, dont l’un d’eux est décrit à la fin de ce texte. A la fois bénéficiaires et témoins, les sigillants attestent de la véracité des donations, de l’authenticité et de la valeur juridique du testament.

Porte d’entrée vers le ciel, le testament ou, plutôt pour cette période, cette donation « pro anima », est accomplie par Oger de Méry, fils de Thomas de Méry, un vassal du comte de Champagne -Thibaud IV (1201-1253).

Oger se présente en tant que chanoine, sans fonction particulière au sein du chapitre. Dans les deux documents constituant cette donation, Oger désigne ses exécuteurs testamentaires, chargés de veiller à sa bonne application, un laïc, son frère Jean, et deux chanoines de Saint-Maclou, Paris et Thibaud de Pont.

Ces documents livrent le patrimoine d’Oger. Il lègue ses biens fonciers situés à Bar-sur-Aube (maisons, granges, vignes, prés), à sa proche famille. Il  octroie des rentes et des sommes d’argent à de nombreux bénéficiaires ecclésiastiques. Ainsi, Oger s’assure de la diversité des prières  pour le salut de son âme : clergé séculier et régulier, anciens ordres monastiques mais aussi ordres plus récents comme les Frères Mineurs.

Le codicille est aussi l’occasion de citer des nouveaux bénéficiaires issus du monde médical : un médecin, Jean Fondriena (?) et Falconin, un apothicaire, ce qui nous informe sur l’état de santé du chanoine déjà souffrant en 1272.

Ce testament documente les objets du quotidien et leur valeur : des lits de plumes sont donnés à la fratrie, une cithare ainsi qu’un calice sont légués à sa sœur.

Témoignage rare, ces documents nous sont parvenus en bon état : la restauration, effectuée en 2020, a permis la mise à plat du document ainsi que la restauration et la protection des empreintes de sceaux, et sa future mise à disposition au public dans un conditionnement adapté.

Il est à noter que ces sceaux déjà décrits, seront numérisés et intégrés dans SIGILLA, base numérique des sceaux conservés en France (http://www.sigilla.org/)

Marie-Thérèse Gangarossa

Avril 2022

Donation pro anima et son codicille, donnés par Oger de Méry, chanoine de Saint-Maclou de Bar-sur-Aube (1271-1272)_2 Donation pro anima et son codicille, donnés par Oger de Méry, chanoine de Saint-Maclou de Bar-sur-Aube (1271-1272)_3 Grand sceau de Nicolas, doyen de Saint-Maclou de Bar-sur-Aube, chanoine de Langres. Contre-sceau (sceau du doyen de Saint-Maclou) : Un Agnus Dei, de profil à gauche. Exemple de sceau_1 Exemple de sceau_2