Lettres d'Auguste Renoir

Lettre adressée à son épouse Aline (sans date)_1

 

Pierre-Auguste Renoir (Limoges, 1841 – Cagnes-sur-Mer, 1919) commence son apprentissage dans un atelier de décoration de porcelaines à Limoges. En 1862, il bénéficie de l’enseignement du peintre suisse Charles Gleyre à l’École des beaux-arts et y rencontre Claude Monet, Alfred Sisley ou encore Frédéric Bazille. L’exposition de ses premières toiles lors des salons parisiens lui permet de connaître un certain succès dès le début de sa carrière. Adhérent du mouvement impressionniste dès 1874, il affirme sa facture par La Loge. En 1881, Auguste Renoir connaît un remarquable triomphe avec sa toile le Déjeuner des canotiers, destinée à rendre hommage au peintre Gustave Caillebotte, le premier mécène des impressionnistes.

À Paris, Pierre-Auguste Renoir rencontre une jeune provinciale native d’Essoyes, Aline Victorine Charigot. Elle devient son modèle - elle est représentée dans une quinzaine d’œuvres – et plus tard son épouse, et la mère de ses trois fils : Pierre l’acteur, Jean le cinéaste et Claude le céramiste.       

En 1885, Aline entraîne tout son époux à Essoyes. Renoir et sa famille y reviendront chaque été pendant trente ans. La maison familiale, achetée en 1896, accueille non seulement les Renoir, mais aussi bon nombre de leurs amis. Le peintre trouve en Champagne l’inspiration et les modèles pour ses toiles à travers les blanchisseuses du village, ses enfants et Gabrielle Renard, jeune essoyenne qui devient la nourrice de Jean, ainsi que l’un des modèles favoris du peintre.

De 1879 à 1885, Auguste Renoir séjourna fréquemment en Normandie au château de Wargemont pour rendre visite à ses amis, la famille Bérard propriétaire du domaine depuis 1855. Plusieurs de ses toiles témoignent de ses déplacements notamment la Roseraie à Wargemont, son portrait de Thérèse Bérard tous deux datés de 1879 ou encore le Portrait d’Alfred Bérard avec son chien en 1881. Inscrit depuis 1986 et classé en 1993 comme Monument Historique, le château conserve dans sa salle à manger deux panneaux peints par l’artiste : la Chasse d’Été et la Chasse d’Automne.

En 2020, les Archives départementales de l’Aube ont acquis deux lettres manuscrites signées d’Auguste Renoir. La première lettre datée de « mardi soir » permet d’attester de ses déplacements réguliers en Seine-Maritime. Malgré l’absence d’une datation exacte, le document a probablement été produit dans les années 1890. De 1879 à 1885, le peintre se rendait régulièrement au château de Wargemont.

La lettre est adressée à son épouse Aline et fait part de son quotidien normand. Renoir mentionne les conditions météorologiques « épouvantables » et peu favorables à l’avancement de ses toiles. Un éventuel désaccord avec le propriétaire du château y est également mentionné par  « Bérard me boude aussi ». La lettre a été rédigée à l’encre noire sur un papier sommairement quadrillé et mesure 21 x 13, 5 cm.

La seconde lettre quant à elle est datée du 10 septembre 1909 et constitue un témoignage de l’amitié entretenue entre les sœurs Gobillard et le peintre.

Paule Gobillard fait partie des peintres post-impressionnistes de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle. A la mort de sa mère en 1893, elle est initiée à la peinture et commence son activité de modèle chez sa tante Madame Berthe Morisot. Par son intermédiaire, elle reçoit les enseignements d’Auguste Renoir et noue une relation amicale avec ce dernier. Accompagnée de sa sœur Jeannie, elle lui rend régulièrement visite à Essoyes et à Cagnes-sur-Mer. Dès 1894, elle expose ses toiles au Salon des Indépendants puis au Salon d’Automne. Sa singularité lui permet de participer à des expositions d’envergure internationale se tenant au Japon, aux États-Unis ou encore au Danemark. Ses compositions traduisent une vitalité certaine et reflètent l’affluence qu’a pu exercer la photographie dans ses représentations..

Dès le début de la correspondance, Auguste Renoir s’inquiète de l’état de Jeannie. L’artiste s’adresse par ailleurs directement à celle-ci en  lui écrivant qu’il faut « encore un peu de courage et tout ira bien, nous en avons tous espoir ». Ici aussi, la lettre a été rédigée à l’encre noire sur un papier sommairement quadrillé et mesure 16 x 11, 5 cm. Le filigrane « Imprimerie Diadem » contenu dans le papier indique qu’il s’agit d’un papier imprimé en Haute-Vienne, à Limoges dans la ville natale du peintre. Cette lettre s’accompagne de son enveloppe d’origine et mesure 12 x 8, 5 cm.

 

Lisa Carval

Mai 2022

Lettre adressée à son épouse Aline (sans date)_2 Lettre adressée à Paule Gobillard (10 septembre 1909)_1 Lettre adressée à Paule Gobillard (10 septembre 1909)_2