4e livre des Sentences de Pierre Lombard

Les sentences de Pierre Lombard_1

Pierre Lombard naît en Lombardie au début du XIIe siècle. Il commence ses études à Bologne et les poursuit à Reims avant de rejoindre la capitale. Il gravit les échelons ecclésiastiques en devenant chanoine de Notre-Dame de Paris. À sa mort en 1160, il est évêque de Paris.

Pierre Lombard écrit, à la fin de sa vie, des Sentences. Ce traité en quatre tomes reprend l’essentiel de ses cours donnés à l’école des cloîtres de Notre-Dame de Paris. C’est une synthèse des connaissances formée de questions et de décisions constituant un ensemble doctrinal complet sur la religion chrétienne. Il y expose ses connaissances les plus fines du dogme religieux en regroupant les écrits de plus de 50 auteurs tirés de 200 ouvrages différents, dont les écrits des Pères - Ambroise, Jérôme, Grégoire – et des maîtres de l’Église – Hugues de Saint-Victor, Pierre Abélard – autour de la théologie telle qu’elle est considérée par saint Augustin.

Les Sentences sont très tôt considérées comme la base de l’enseignement théologique dans les universités et leur lecture sont vivement recommandées par le 4e concile de Latran en 1215 ; tout aspirant à une chaire universitaire devant savoir les commenter pour obtenir le grade de maître en théologie. Pierre Lombard est également le premier auteur occidental à intégrer un texte oriental dans ses écrits, La Foi orthodoxe de Jean de Damas, l’un des Pères chrétiens d’Orient.

Les Sentences demeurent inédites et font autorité jusqu’au XVIe siècle où elles sont remplacées par les œuvres de Thomas d’Aquin.

Le premier tome des Sentences présente la Trinité, le deuxième explique la création, la grâce et le péché, le troisième expose la christologie, les vertus, les commandements et les dons, et le dernier développe la théologie des sacrements et de l’Apocalypse.

Le manuscrit présenté ici est le 4e tome des Sentences. D’épais ais de bois forment la reliure. Un sommaire dévoile les cinquante sentences au verso du premier folio. Le texte est écrit sur 42 folios de parchemin, en encre noire, en latin, sur deux colonnes dans une écriture onciale minuscule, réservée aux ouvrages les plus luxueux. Chaque nouveau chapitre est orné d’une rubrique rouge suivie d’une lettrine filigranée bleue et rouge. Afin de faciliter leur repérage dans le texte, les Sentences sont toutes numérotées en chiffre romain dans les marges. Des piqûres réalisées par le copiste pour tracer les lignes qui l’aideront à écrire droit sont visibles dans les marges de quelques folios. Une pagination ancienne, en chiffre latin au centre en haut, et une pagination moderne, en haut à droite des folios sont toutes deux visibles. Ce manuscrit ne contient pas d’enluminure.

Ce manuscrit appartenait à Jean Blanche, prêtre, chanoine de la collégiale Saint-Étienne puis sous-chantre de la cathédrale de Troyes dans la première moitié du XVe siècle. Un sous-chantre assiste le chantre, dignitaire chargé de la liturgie, dans ses fonctions. Il est notamment chargé de l’enseignement des enfants de chœur à l’école cathédrale.

L’important paragraphe de la marge inférieure du deuxième folio, les notes marginales, plus ou moins importantes, écrites en noir ou rouge montrent que cet exemplaire est critiqué et a servi de manuel d’apprentissage. L’écriture, bien antérieure au XVe siècle, confirme que Jean Blanche n’est pas le commanditaire.

Toutefois, il a posé son ex-libris à deux reprises. Le premier folio porte dans la marge supérieure, la mention suivante : « Iste liber est domini Johannis Blanche, succentoris ecclesie Trecensis. Qui reperiet eum sibi reddat, et ei dabitur bonum vinum », tandis que le nom « J. Blanche » est simplement indiqué à la fin du texte, au dernier folio.

Jean Blanche décède le 10 septembre 1438. L’inventaire après-décès de ses biens qui n’est pas achevé ne prend malheureusement pas en compte ses manuscrits. Mais le compte de son exécution testamentaire indique que ses livres sont prisés dans son hôtel canonial le 10 novembre 1438. « Ung autre livre escript sur la couverture Sentenciarum [est ainsi prisé] 20 deniers ».

 

Aurélie Gauthier

Juin 2022

Les sentences de Pierre Lombard_2 Les sentences de Pierre Lombard_3