29 septembre au 1er octobre 2026

En 2026, le Département de l’Aube consacre son année culturelle à l’histoire du comté de Champagne, au travers, notamment, de l’exposition « Passavant le meilleur ! La Champagne au temps des comtes » (Troyes-Hôtel-Dieu-le-Comte, 4 mai-31 octobre 2026). À cette occasion, un colloque pluridisciplinaire, co-organisé avec la Ville de Provins, se tiendra du 29 septembre  au 1er octobre 2026. Le colloque réunira autour de Michel Bur : historiens, historiens de l’art et archéologues pour interroger la Champagne comtale comme espace politique et moyen de gouvernement.

Le colloque sera l’occasion de rendre hommage à Jean Mesqui, disparu le 24 juillet dernier, pour tout ce que ses travaux ont apporté à notre connaissance du comté de Champagne.

📜 Programme du colloque

Ce colloque est complété par la journée d'étude du CRECIM consacrée à la foire de Lagny-sur-Marne : 10e journée d'étude du CRECIM.

Informations pratiques

Dates

📅29 et 30 septembre 2026 : Centre de congrès de l’Aube, Troyes (10)

📅1er octobre 2026 Centre culturel et sportif Saint-Ayoul, Provins (77)

Renseignements

📧exposition@aube.fr

Présentation du colloque

L’historiographie du comté de Champagne, de sa dynastie, de ses cadres politiques, institutionnels, religieux et économiques, et en parallèle du règne des souverains thibaudiens en Navarre, bénéficie, depuis un demi-siècle de l’impulsion des travaux de Michel Bur, Theodore Evergates et María Raquel García Arancón. Parallèlement, les formes curiales de la principauté ne sont pas demeurées à l’écart de la recherche, que l’on songe aux études des ensembles palatiaux et castraux (Jean Mesqui, Annie Renoux), de la politique funéraire des princes (Xavier Dectot), et de la vie intellectuelle sous le principat d’Henri le Libéral et Marie de France mises en évidence lors du colloque organisé à Troyes en 1999 (« Culture et mécénat à la cour de Champagne à l’époque d’Henri le Libéral »). Plus récemment, en 2013, l’exposition « Une renaissance. L’art entre Flandre et Champagne (1150-1250) », présentée au Musée national du Moyen Âge et à Saint-Omer, a porté un regard neuf sur les échanges de modèles et les transferts d’influence dans les arts visuels autour de l’axe mosan, tandis que l’emblématique comtale et seigneuriale (Arnaud Baudin) et l’histoire de la collégiale Saint-Étienne de Troyes (Thomas Lacomme) sont venus investir d’autres terrains d’enquête essentiels à la compréhension du pouvoir comtal. Enfin, la comparaison entre les pratiques administratives et politiques des Thibaudiens en Champagne et en Navarre, récemment menée par Jillian Bjerke, a montré tout l’intérêt de ne pas considérer séparément l’une et l’autre région dominée par ce lignage.

C’est sur ce terreau fertile que nous voudrions réunir historiens, historiens de l’art et archéologues, spécialistes de la Champagne et de la Navarre, pour, dans une approche comparatiste et à partir de questionnements croisés, conduire une réflexion commune sur la cour thibaudienne, comme espace politique et moyen de gouvernement.

  

1. Principautés et logiques spatiales

 

La délimitation du comté de Champagne et de Brie en tant qu’espace à l’intérieur duquel s’exerce le pouvoir du prince a fait l’objet des travaux de Jean et Marie-Clotilde Hubert, tandis que Jackie Lusse a montré le rôle dévolu aux villeneuves (Passavant-en-Argonne) et aux établissements monastiques de fondation comtale dans la matérialisation d’une frontière politique. Il s’agira ici de prolonger l’analyse en s’interrogeant sur la forme mentale et la perception des espaces soumis à l’autorité du Thibaudien, sur leur réalité et le caractère mouvant du concept de frontière dans le cadre des relations féodo-vassaliques sur le temps long et des interactions avec les royaumes ou principautés voisines. On étudiera les déplacements du prince et du roi dans ou entre ses domaines, l’évolution du maillage castral et urbain, la fixation du pouvoir dans l’espace et l’encadrement des populations, les processus de territorialisation et leurs effets, ainsi que l’étude d’ensembles géographiques particuliers comme des villages, des domaines monastiques ou forestiers.

 

2. Familles, lignages et réseaux 

Le concept de réseaux a fait irruption dans l’historiographie médiévale depuis une quarantaine d’années. L’objectif de cette seconde section est de proposer des cas concrets dans les relations du Thibaudien avec les Capétiens, les lignages princiers apparentés (Flandre, Bourgogne, Bretagne, Lorraine, etc.) ou son haut-baronnage (Brienne, Dampierre, Châtillon, Villehardouin, etc.). Seront également étudiées les forces et les interactions individuelles ou collectives liées à la construction du pouvoir comtal ou royal, qu’il s’agisse du poids des relations féodo-vassaliques en Champagne ou du rôle de la noblesse navarraise, contribuant à initier des pistes nouvelles ou de mieux connecter les acquis de la recherche récente à d’autres champs d’interrogations comme l’histoire des pouvoirs ou celle des femmes.

  

3. Le rattachement au domaine royal

À partir de 1234, le comte de Champagne hérite du royaume de Navarre et règne, oint et couronné à l’instar du roi de France, sur le royaume pyrénéen. En 1284, le mariage de la comtesse Jeanne avec l'héritier du trône de France prépare l’union à la Couronne, effective en 1361. Alors que les ducs de Bourgogne acquièrent progressivement des droits dans les châtellenies champenoises, Charles V désigne en 1368 Philippe le Hardi comme son lieutenant dans les diocèses de Châlons, Troyes, Soissons, Reims et Laon à des fins militaires. Dans le prolongement des travaux d’Élisabeth Lalou et d’Elisabeth A.R. Brown et, plus récemment, de Julien Théry, cette section s’attachera à éclairer la mise en œuvre, à l’échelle du comté ou localement, de la politique de rattachement des domaines thibaudiens par les traités, dans les structures administratives (bailliages et prévôtés, Grands Jours de Troyes, etc.) et les moyens de gouvernement (positionnement du haut baronnage et curial, transfert du chartrier comtal, etc.) ou à l’aune des grandes affaires du règne de Philippe le Bel.

  

4. Communautés religieuses 

La politique religieuse des Thibaudiens et de leurs vassaux permet l’éclosion d’importants et influents établissements entre le XIe et le début du XIVe siècle dans les comtés ligériens, en Champagne, en Brie et en Navarre. La faveur accordée d’abord à Marmoutier, Cluny ou Saint-Oyand tourne à l’avantage – non exclusif – des chapitres séculiers (Patrick Corbet, Thomas Lacomme), des établissements charitables (Adam J. Davis) et des ordres réformateurs au XIIe siècle (Anne E. Lester), puis des Mendiants et des Rédempteurs au siècle suivant. Tout au long de la période, l’économie médiévale du salut dote les principales villes du domaine d’hôpitaux et de léproseries, tandis que la fondation testamentaire du Collège de Navarre à Paris par la dernière comtesse Jeanne illustre une forme nouvelle d’action charitable, jusque-là inédite chez les Thibaudiens. L’objectif est d’évaluer, grâce à des études globales ou monographiques, sur le temps long ou à l’échelle d’un principat, la réalité des différentes formes de vie religieuse et leurs interactions, ainsi que la place accordée par le comte et ses seigneurs aux communautés juives de Champagne et de Navarre.

   

5. Création artistique : modèles et nouvelle esthétique

 La Champagne se retrouve, entre 1150 et 1250, au cœur d’un vaste mouvement de création artistique, qui, descendant depuis la Flandre le long de l’axe mosan, atteint l’ensemble des arts visuels (Marc Gil, Christine Descatoire) comme en témoigne la production troyenne de vitrail (Sylvie Balcon-Berry, Elizabeth C. Pastan). Ce mouvement est amplifié par la présence, entre Sens, Clairvaux et Troyes, de copistes et d’artistes qui, comme le peintre Manerius de Canterbury, sont arrivés dans le giron de Thomas Becket (Patricia Stirnemann). On montrera dans cette section, à partir de nouveaux dossiers et de relectures, comment le mécénat princier, la circulation des reliques, les pratiques de dévotion et les commandes des grands établissements religieux participent du renouvellement des programmes iconographiques et de l’esthétique formelle des grands chantiers champenois.

 

 6. Écrits et écritures

6.1. Littérature. L’intense activité artistique de ce second XIIe siècle reste étroitement corrélée à la cour brillante qu’animent à Troyes et Provins les princes ; y cohabitent des figures intellectuelles renommées et les pionniers de la littérature courtoise et arthurienne dans le prolongement de laquelle s’inscrit l’œuvre poétique du comte Thibaud IV (Marie-Geneviève Grossel, Danielle Quéruel). Au XIIIe siècle, les croisades donnent lieu à la relation des événements par Geoffroi de Villehardouin et Jean de Joinville ou à la vision décalée qu’apportent les anecdotes du Ménestrel de Reims. Au-delà de l’étude de cette littérature savante ou vernaculaire, cette section espère voir émerger de nouvelles sources et entendre des communications offrant une approche originale de l’histoire de la principauté à travers chroniques, récits hagiographiques et vies de saints.

 6.2. Pratiques de l’écrit. Les éditions des actes de la pratique ou des cartulaires comtaux offrent enfin un terrain propice à de nouvelles enquêtes sur les chancelleries et leur personnel en Navarre et en Champagne, ainsi que sur la production, la conservation, le contrôle de la mémoire, voire la manipulation de l’écrit documentaire dans la sphère comtale.

Les foires de Champagne, du fait de leur impact dans l’économie de la principauté, ne peuvent être déconnectées de l’histoire du comté et pourront naturellement être évoquées en toile de fonds des interventions de ce colloque. En revanche, les communications spécifiques à ce thème seront réservées à la 10e  journée d’étude du Centre de recherche et d’étude sur le commerce international médiéval (CRECIM), prévue à Lagny le vendredi 2 octobre 2026 (10e journée d'étude du CRECIM).

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