Les tombeaux des comtes de Champagne de la collégiale Saint-Etienne de Troyes
Descriptif des Reliques et des Tombeaux
Ce manuscrit aurait été rédigé en 1704 par Jean Hugot, un chanoine de la collégiale. La première partie de cet ouvrage est consacrée à un inventaire détaillé des reliques conservées dans la chapelle du trésor de Saint-Etienne de Troyes. L'auteur y décrit avec soin de prestigieux objets comme un reliquaire "garni d'argent, de bronze doré et de cinq émeraudes" ou encore une croix d'or garnie de "trois grenats, trois rubis, cinq améthystes, un topaze, un péridot, une agate orientale, une agate blanche, une cornaline, deux agates vertes, quatre pierres et neuf perles".
La deuxième partie est, quant à elle, consacrée à la description de deux tombeaux. Le premier est celui du comte Henri Ier le Libéral (1152-1181). Le second est celui de son second fils, le comte Thibaud III (1197-1201). Ce tombeau se trouvait près de celui d’Henri Ier et était richement orné de pierres, mais aussi de dessins et de figures d'argent qui représentent la famille des comtes. Il a été offert à Thibaud III par sa femme, Blanche de Navarre, et vraisemblablement réalisé entre 1208 et 1215.
La collégiale Saint-Etienne
Entre 1152 et la fin des années 1170, Henri Ier fonde plusieurs chapitres séculiers. Saint-Etienne de Troyes (entre 1152 et 1158), attenant au palais comtal, avait sans doute dès l’origine pour objet de créer un espace mémoriel, célébrant la puissance comtale et matérialisant sa présence à Troyes, mais seul Henri Ier et son fils Thibaud III y sont finalement enterrés.
Dès sa création, Henri Ier a richement doté le chapitre qui comptait alors neuf dignités et soixante-douze canonicats, soit autant que la cathédrale de Reims et le double de celle de Sens, ce qui en fait l'un des plus grands chapitres de France.
Les comtes de Champagne (1152-1285)
Il était d’usage dans le lignage de Blois que le fils aîné hérite des domaines de la Vallée de Loire comprenant les comtés de Blois, Chartres, Sancerre et Chateaudun. À la mort de son père (1152), Henri Ier choisit les comtés champenois, alors en plein essor grâce au succès des foires mises en place par son père. Il épouse Marie de France (1145-1198), fille du roi Louis VII (1120-1180) et d’Aliénor d’Aquitaine (1124-1204). A sa mort, en 1181, le comté de Champagne est l’une des principales principautés du royaume.
Thibaud III succède à son frère Henri II, roi de Jérusalem, mort accidentellement à Acre en 1197. Il épouse Blanche de Navarre et, grâce à cette alliance, son fils Thibaud IV et ses descendants hériteront du royaume de Navarre en 1234. Les rois et reine de Navarre de la dynastie champenoise sont connus, au-delà des Pyrénées, comme Teobaldo I, Teobaldo II, Enrice I et Juana.
Que sont devenus les tombeaux des comtes de Champagne ?
Les corps d’Henri Ier et Thibaud III sont exhumés à la Révolution et analysés. Le conseil général souhaitait conserver les tombeaux afin de les exposer dans un musée. Déplacés à la cathédrale, ils sont finalement détruits par Rondot, l’orfèvre en charge de la protection du musée, le 23 janvier 1794. Depuis, leurs corps reposent dans la crypte de la cathédrale, ainsi qu’en témoignent deux dalles de marbre noir situées dans la chapelle d’axe.
Thibaud IV et son fils Henri III, rois de Navarre, sont inhumés dans la cathédrale de Pampelune. Leurs tombeaux sont détruits dès 1276 par l’armée du roi de France Philippe III pendant la guerre contre les rois de Castille, qui convoitaient le trône de Navarre.
Thibaut V est mort à Trapani, en Sicile, au retour de la huitième croisade. Ses entrailles sont enterrées dans l’église San Domenico de Trapani tandis que son corps embaumé est porté aux Cordelières du Mont-Sainte-Catherine-lès-Provins et son cœur confié aux Jacobins de Provins. Ses restes sont dispersés à la Révolution.
Aujourd'hui, seuls deux tombeaux ont résisté aux épreuves du temps : celui de Blanche de Navarre, inhumée à l’abbaye cistercienne d’Argensolles, près d’Epernay, qui est conservé au musée des Beaux-arts de Châlons-en-Champagne, et celui du cœur de Thibaud V, exposé au couvent des Cordelières de Provins.
Lucie Larue
Décembre 2025
Titre : Inventaire des reliques et des tombeaux
Cote : 6G4*
Date : 1704 (date non certifiée)
Description : Registre décrivant les reliques conservées dans la chapelle du trésor de l'église collégiale Saint-Etienne de Troyes et les tombeaux d’Henri Ier et de Thibaud III.
Source littéraire :
Pour en savoir plus :
- Thomas Lacomme. La collégiale Saint-Étienne de Troyes : de la création comtale à la puissance champenoise (1152-1158 - 1314). Histoire. Université Paris sciences et lettres, 2021. Français
- Michel Bur, « L’image de la parenté chez les comtes de Champagne », Annales ÉSC, n° 5, septembre-octobre 1983, p. 1016-1039 [rééd. La Champagne médiévale, p. 59-89]
En 2026, le Conseil départemental de l’Aube consacre son année culturelle à l’histoire du comté de Champagne autour d’une exposition-phare Passavant le meilleur ! La Champagne au temps des comtes qui réunira près de 300 œuvres à l’Hôtel-Dieu-le-Comte (5 mai - 31 octobre 2026). Y seront notamment présentés le dossier documentaire des tombeaux de Saint-Etienne de Troyes, ainsi que le gisant de Blanche de Navarre et le moulage du monument du cœur de Thibaud V. Pour suivre l’actualité de cet événement exceptionnel, nous vous donnons rendez-vous sur les réseaux sociaux en suivant le #Passavant2026.