L’inventaire des biens du chapitre Saint-Étienne de Troyes

Témoin de la bibliothèque du comte Henri Ier le Libéral

La collégiale Saint-Étienne de Troyes est fondée entre 1152 et 1158 par le comte de Champagne Henri Ier au sud-est de la cité gallo-romaine. Partie intégrante du nouveau complexe palatial, elle est desservie par un chapitre de 72 chanoines, ce qui fait d’elle l’une des plus grandes collégiales séculières du royaume. Chargé de la liturgie et de la prière pour le prince et sa famille, le chapitre a la garde de leur bibliothèque et de leurs archives. Il est peut-être aussi le siège de la chancellerie comtale tandis que le chœur de l’église abrite les tombeaux d’Henri le Libéral († 1181) et de son fils Thibaud III († 1201). 

Entre octobre 1319 et avril 1320, alors que le rattachement du comté de Champagne au royaume de France est devenu réalité, les chanoines réalisent l’inventaire du trésor de la collégiale, reliquaires, objets et manuscrits conservés alors au sein de trois lieux : le grand trésor, le petit trésor et le trésor des clercs. Preuve de la richesse du chapitre, le document est exécuté sur un immense rouleau, long de plus de neuf mètres dans son état actuel – incomplet –, et composé de treize peaux de parchemin cousues bout à bout.

Cote : Arch. dép. Aube, 6 G 26

Date : 1319-1320

Analyse : inventaire des biens du chapitre Saint-Étienne de Troyes

Support : rouleau de parchemin (H. 950 × l. 25 cm)

Cote : Arch. dép. Aube, 6 G 26

Date : 1319-1320

Analyse : inventaire des biens du chapitre Saint-Étienne de Troyes

Support : rouleau de parchemin (H. 950 × l. 25 cm)

L’inventaire de 399 rubriques en latin se fonde sur un document antérieur, aujourd’hui perdu. La plus grande partie recense le contenu du Trésor, soit un ensemble exceptionnel de près de 250 reliques où figurent notamment, le chef d’Étienne, le protomartyr de la dédicace de l’église, des reliques de saint Nicolas, de saint Jean Baptiste ou de Joseph d'Arimathie. Outre les reliquaires qui les renferment, richement ornés de gemmes et d’émaux, on dénombre aussi plusieurs vases de cristal, vingt-quatre chasubles, quatre-vingt-quatre chapes, certaines aux armes de Champagne et de Navarre, de France et d’Angleterre, ainsi que de nombreux autres ornements sacerdotaux. Y figurent aussi des pièces ayant appartenues aux comtes et comtesses, comme cette croix d’argent doré « qui fut à Agnès de Beaujeu » (que fuit deffuncte Agnetis comitisse), deuxième épouse de Thibaud IV entre 1223 et 1231, ou le chapeau orné de perles d’Henri Ier conservé dans la salle du grand trésor.

Cette chambre haute semble être le lieu de la mémoire du fondateur. En effet, la dernière partie du document décrit la bibliothèque personnelle d’Henri le Libéral, gardée « dans l’ancien Trésor très haut de ladite église » (in veteri thesauro altissimo dicte ecclesie). Patricia Stirnemann y a dénombré 49 manuscrits dont 39 sont conservés à Troyes, Montpellier, Paris, Londres et au Vatican. Composée avec l’aide des meilleurs esprits du temps mais aussi de copistes et enlumineurs de l’entourage de Thomas Becket, cette bibliothèque montre la curiosité du prince pour les historiens de l'Antiquité et les Pères de l'Église. Comte reconnu pour ses prouesses chevaleresques, ses qualités de diplomate et sa spiritualité, Henri Ier, formé aux arts libéraux, est aussi un intellectuel, un homme raffiné et lettré dont témoigne sa bibliothèque, sans doute la plus riche de son époque.

Arnaud Baudin

septembre 2026

Pavé technique

Cote : Arch. dép. Aube, 6 G 26

Date : 1319-1320

Analyse : inventaire des biens du chapitre Saint-Étienne de Troyes

Support : rouleau de parchemin (H. 950 × l. 25 cm)

Pour aller plus loin

Arnaud Baudin (dir.), Passavant le meilleur ! La Champagne au temps des comtes, cat. exp. [Troyes, Hôtel-Dieu-le-Comte, 5 mai-31 octobre 2026], Milan, 2026.

Nicole Hany-Longuespé, « Les vestiges de Saint-Etienne au trésor de la cathédrale de Troyes », dans Splendeurs de la Cour de Champagne au temps de Chrétien de Troyes, cat. exp. [Troyes, bibliothèque municipale, 18 juin-11 septembre 1999], T. Delcourt (dir.), Troyes, 1999, p. 30-35.

Thomas Lacomme, La collégiale Saint-Étienne de Troyes : de la création comtale à la puissance champenoise (1152/1158-1314), thèse de doctorat, Université Paris Sciences et Lettres, 2021.

Charles Lalore, Inventaires de principales églises de Troyes, collection de documents inédits relatifs à la ville de Troyes et à la Champagne méridionale, Société Académique de l'Aube, 1893, t. Il, p. 270-271.

Patricia Stirnemann, « Reconstitution des bibliothèques en langue latine des comtes de Champagne », dans Le Moyen Âge à livres ouverts. Actes de colloque (Lyon 24-25 septembre 2002), Annecy-Paris-Lyon, 2003, p. 37-45.

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