La maison de Villehardouin : de la Champagne à la Morée franque
Des seigneurs champenois en Grèce
Les origines de la famille de Villehardouin sont peu sûres avant la deuxième moitié du XIIe siècle. Il s’agit d’une famille de la petite chevalerie champenoise dont les terres sont situées à Villy-le-Maréchal et à Villehardouin. Comme la plupart des membres de l’aristocratie commencent alors à le faire, les membres du lignage authentifient personnellement leurs actes au moyen d’un sceau. Les armes des Villehardouin sont de gueules à la croix ancrée d’or.
Né vers 1150, Geoffroy de Villehardouin est d’abord, comme simple chevalier, attaché à la garde des remparts de Troyes. Proche de Marie de France, qui en a fait l’un de ses deux maréchaux, il participe à la Troisième croisade aux côtés du comte Henri II, expédition au cours de laquelle il est capturé. Sa rançon ayant été réglée par l’ordre du Temple, il doit en contrepartie se mettre pour trois années au service des Templiers. En 1199, il se croise de nouveau lors du tournoi d’Ecry (Ardennes, commune d’Asfeld), en compagnie de son seigneur le comte Thibaud III. C’est ainsi qu’il prend part à la Quatrième croisade, à son détournement vers Constantinople, au sac de la ville impériale (1204) et aux débuts de l’Empire latin de Constantinople dont il retrace les évènements. Ce récit est conservé dans un manuscrit de la seconde moitié du XIIIe siècle conservé à la BNF (La Conqueste de Constantinople, Français 2137 - BNF).
La chronique relate notamment la mission diplomatique que lui a confié le comte Thibaud III auprès du doge de Venise. En 1201-1202, il participe aux négociations avec la République de Venise pour le passage des troupes vers l’Orient. Ainsi, il est certainement absent de ses terres champenoises lorsqu’il valide l’acte par lequel il confirme sous son sceau avoir donné son accord à son frère pour la donation d’une rente à l’abbaye cistercienne de Larrivour (Aube, commune de Lusigny-sur-Barse), dont les Villehardouin sont avec les seigneurs de Chappes les principaux protecteurs.
Geoffroy [de Villehardouin], maréchal de Champagne, notifie que son frère Guy, dit la Grive, avec son assentiment, a donné à l'abbaye de Larrivour un demi muid de blé, qu'il tient de lui, à percevoir annuellement à Villevoque sur la terre de Saint-Pierre. Hodierne, femme de Guy, et Guibour, sa fille, ont approuvé cette donation (1202).
Cote 4 H 54-2 - Arch. dép. Aube,
Date 1202
Arch. dép. Aube
Geoffroy, neveu du chroniqueur, rejoint à son tour l’armée croisée et devient sénéchal de Romanie (1209). Suite à un naufrage dans le sud du Péloponnèse, il entreprend l’année suivante la conquête de la presqu’île où il fonde un petit état mêlant culture française et influence grecque, la principauté d’Achaïe, divisée en douze baronnies. Son fils Guillaume, qui lui succède de 1229 à 1246, parle grec.
Geoffroy de Villehardouin, sénéchal de l’Empire, en accord avec sa femme Élisabeth, donne à l’abbaye de Clairvaux le village d’Harricourt
Cote : 3 H 726 – Arch. dép. Aube,
Date et lieu : 1216 - Forteresse de Corinthe
Ce document est présenté jusqu’au 31 octobre 2026 dans l’exposition Passavant le Meilleur ! La Champagne au temps des comtes (Troyes, Hôtel-Dieu-le-Comte).
Arch. dép. Aube
Les Villehardouin conservent toutefois des attaches avec la Champagne. En témoigne cette charte expédiée à Clairvaux depuis Acrocorinthe, forteresse de la ville de Corinthe au nord du Péloponnèse. Par ce document, Geoffroy de Villehardouin, sénéchal de l’Empire, en accord avec sa femme Élisabeth, donne à l’abbaye de Clairvaux le village d’Harricourt (Haute-Marne). L’acte est authentifié au moyen de trois sceaux, celui de Geoffroy, de Jean de Villehardouin, son père (frère ainé du chroniqueur) et de son épouse.
L’attachement des Villehardouin à l’ordre de Cîteaux se maintint dans le Péloponnèse avec la fondation de l’abbaye de Zaraka près de Corinthe, en 1225, dans la filiation de Morimond.
Adrien FLAMME
Mai 2026
Cette présentation est réalisée dans le cadre de l'exposition Passavant le meilleur ! La Champagne au temps des comtes.
Pavé technique
Cote : 4 H 54 – 2
Description : Geoffroy [de Villehardouin], maréchal de Champagne, notifie que son frère Guy, dit la Grive, avec son assentiment, a donné à l'abbaye de Larrivour un demi muid de blé, qu'il tient de lui, à percevoir annuellement à Villevoque sur la terre de Saint-Pierre. Hodierne, femme de Guy, et Guibour, sa fille, ont approuvé cette donation (1202).
Date : 1202
Cote : 3 H 726 – « Charte de l’Acrocorinthe »
Description : Geoffroy de Villehardouin, sénéchal de l’Empire, en accord avec sa femme Élisabeth, donne à l’abbaye de Clairvaux le village d’Harricourt. Cette charte a été rédigé depuis l'Acrocorinthe, la forteresse de la ville de Corinthe au nord du Péloponnèse.
Date : 1216
Bibliographie
ALANIECE, Valérie, GILET François, « Les Champenois en Morée », Mémoire de Champagne, éd. François Gilet, Langres, 2000-2001, t. 2, p. 11-54.
ALANIECE, Valérie, GILET, François, L'épopée des Villehardouin, éd. Valérie Alanièce et François Gilet, 2003. HB 3325 - Consultable aux Archives départementales
ALANIECE, Valérie, GILET, François, « Morée franque : les seigneurs de Briel en Grèce », La Vie en Champagne. Juillet - septembre 2005, n°43, p 3-14. 57 PL 5 - Consultable aux Archives départementales
ALANIECE, Valérie, GILET François, « L'épopée des Villehardouin : quand la mémoire relie des pays », Sites et monuments. Avril - juin 2008, p 11-14. 20 PG 21 - Consultable aux Archives départementales.
ALANIECE, Valérie, GILET, François, COUTANT, Lucien (ill.), « Les fiefs de Geffroy de Villehardouin en Thrace (Grèce). La Vie en Champagne. Avril - juin 2010, p. 2 - 12. 57 PL 8 - Consultable aux Archives départementales
BAUDIN, Arnaud. De la Champagne à la Morée : l'héraldique de la maison Villehardouin. In Villela-Petit, Inès, 1204, la quatrième croisade : de Blois à Constantinople et éclats d'empires (catalogue des expositions du Musée-Château de Blois et du Musée du cabinet des Médailles de la BnF, octobre 2005- janvier 2006), t. 73-75, Revue française d'héraldique et de sigillographie, p. 97-112, 2005. BM 1595 – Consultable en ligne : https://shs.hal.science/hal-03835666/
BAUDIN, Arnaud, BRUNEL, Ghislain, DOHRMANN, Nicolas (dir.), Templiers. De Jérusalem aux commanderies de Champagne, Paris, 2012, n° 16, p. 234-235.
GUIZARD-ORTEGA, Isabelle, « La Morée champenoise », dans Passavant le meilleur ! La Champagne au temps des comtes, A. Baudin (dir.), Milan, 2026, p. 100 - 102.