Extrait des registres du dépôt des anciennes minutes du Conseil d’État privé du roi

L’affaire contenue dans cet ensemble documentaire est hors norme : celle des administrateurs de l’hôtel-Dieu de Bar-sur-Seine s’opposant ouvertement à leur roi. En mars 1693, Louis XIV promulgue un édit réunissant les maladreries et les léproseries dont les revenus deviennent insuffisants aux hôtels-Dieu les plus proches. Quelques années plus tard, en décembre 1698, un règlement est publié pour administrer et gouverner les maladreries et léproseries réunies depuis 1672 aux ordres de Notre-Dame du Mont Carmel ou de Saint-Lazare dont fait partie Bar-sur-Seine.

Le maire et les administrateurs de l’hôtel-Dieu de Bar-sur-Seine font immédiatement remonter leur mécontentement quant au découpage géographique surprenant - le terme est répété plusieurs fois - effectué par la royauté. Le roi et son Conseil ont en effet prévu d’unir les maladreries d’Arc-en-Barrois et Mussy-l’Évêque à l’hôtel-Dieu de Bar-sur-Seine et les maladreries d’Essoyes, Chaource, Gyé-sur-Seine et Lagesse à l’hôtel-Dieu de Bar-sur-Aube. Les barséquanais développent leur opposition dans un argumentaire de plusieurs pages comprenant deux points principaux connus grâce à une copie de 1700.

Une explication historique est tout d’abord donnée : l’hôtel-Dieu de Bar-sur-Seine a été fondé par le comte Milon IV en 1210. Bien qu’il ait connu plusieurs déconvenues, le soin des malades et l’accueil des pauvres n’ont jamais cessé. La dernière reconstruction rendue nécessaire suite aux incendies des années 1680 a été entièrement financée par Hénault de Quindray qui « a généreusement entreprie de le faire rebastir en entier et a ses frais » et qui dote l’hôpital de 250 livres de rente annuelle. Mais l’association avec les hospices d’Arc-en-Barrois risquerait de mettre à mal les revenus stables de Bar-sur-Seine. Ses administrateurs accusent leurs homologues arquois, dont la fondation d’un hôtel-Dieu a été validée par lettres patentes récemment en 1697, de vouloir s’emparer de leurs finances afin de maintenir leur stabilité financière, au risque de provoquer la ruine de l’établissement champenois. Alors qu’il avait donné son avis en 1695 et rédigé un règlement pour la maladrerie d’Arc-en-Barrois en 1698, l’évêque de Langres affirme en 1705 que l’hôtel-Dieu de Bar-sur-Seine a les moyens financiers de supporter les revenus de ces maladreries et qu’il souhaite que ceux des Riceys y soit ajoutés.

Le deuxième point avancé par les administrateurs de Bar-sur-Seine est la distance séparant les hôtels-Dieu des maladreries auxquels ils doivent être reliés. Arc-en-Barrois est éloigné de 13 lieues de Bar-sur-Seine, de 10 lieues de Mussy-sur-Seine, et hors de la route principale ce qui présente un risque pour les pauvres malades devant y être transportés. Mussy-l’Évêque n’est éloignée de Bar-sur-Seine que de 3 lieues soit 2h de trajet sur une route fréquentée journellement.

Quant à l’hôtel-Dieu de Bar-sur-Aube, les administrateurs de Bar-sur-Seine n’hésitent pas à dire au roi qu’il se trompe ! - ce qui leur vaut un avertissement, cette audace étant proche du crime de lèse-majesté - en pensant les deux établissements distants d’à peine 5 lieues alors que c’est en réalité un chemin de 8 à 9 lieues qui les sépare. Ils s’opposent à la réunion des maladreries d’Essoyes, Chaource, Gyé-sur-Seine et Lagesse à l’hôtel-Dieu de Bar-sur-Aube car les distances beaucoup trop longues entre ces villages et la ville baralbine varient de 11 à 13 lieues. Ils rappellent aussi que ces bourgs dépendent de l’élection de Bar-sur-Seine, et n’en sont distants que de deux lieues au plus « duquel les pauvres peuvent plus commodément estre transporter et soulager ». De plus, Chaource et Lagesse partagent le même grenier à sel que Bar-sur-Seine et Gyé se trouve sur la Seine qui peut servir de voie navigable. Les administrateurs de Bar-sur-Seine terminent leur mémoire en expliquant au roi qu’ils refusent de respecter ce nouveau découpage médical au détriment du « soulagement des pauvres ».

Même si l’union des maladreries d’Arc-en-Barrois et Mussy-l’Évêque à l’hôtel-Dieu de Bar-sur-Seine est enregistrée au Parlement en 1699, la requête des administrateurs de Bar-sur-Seine est jugée recevable par le Conseil privé du roi. Ils sont reçus à Versailles, et entre temps, condamnent les maire et échevins d’Arc-en-Barrois à leur restituer les revenus qu’ils leur ont déjà versés. Mais suite à l’avis donné par Bose du Boucher, conseiller du roi en ses conseils et maître des requêtes ordinaires de son hôtel, Louis XIV ne revient pas sur sa décision. Les maladreries d’Essoyes, Chaource, Gyé-sur-Seine et Lagesse restent unies à l’hôtel-Dieu de Bar-sur-Aube tandis que les maladreries d’Arc-en-Barrois et Mussy-l’Évêque le sont à l’hôtel-Dieu de Bar-sur-Seine, auxquelles s’ajoute celle des Riceys.

Aurélie Gauthier

Juin 2025

Pavé technique

Titre : Extrait des registres du dépôt des anciennes minutes du Conseil d’État privé du roi

Cote : nouveau classement en cours

Date : 9 avril 1709

Description : Opposition de la réunion des maladreries d’Arc-en-Barrois et Mussy-l’évêque à l’hôtel-Dieu de Bar-sur-Seine et des maladreries d’Essoyes, Chaource, Gyé-sur-Seine et Lagesse à l’hôtel-Dieu de Bar-sur-Aube.

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