Le sceau de Jeanne, reine de France (1285-1305)

Reine de Navarre, comtesse palatine de Champagne et de Brie

L’usage du sceau des comtesses de Champagne, devenues avec leur époux reines de Navarre en 1234, est documenté depuis Mathilde de Carinthie (1125-1160). Associée principalement à un grand sceau, cette utilisation est limitée à l’authentification d’actes produits par la femme dans le cadre de la gestion de son patrimoine et aux titres dont elle jouit, pour valider une libéralité, une fondation, son testament. Hors période de régence, les occasions de sceller des dames de l’aristocratie sont donc rares.

 

Sceau de Jeanne de Navarre en tant que reine de France [1285-1305]
Empreintes détachées du deuxième grand sceau et du contre-sceau de la reine Jeanne de Navarre. Sans date [1285-1305]. Arch. dép. Aube, 42 Fi 98.

 

Jeanne de Navarre, née à Bar-sur-Seine le 14 janvier 1273, est la fille du comte-roi Henri III (1270-1274) et de Blanche d’Artois et l’unique héritière du comté de Champagne. Tôt promise au futur Philippe le Bel, elle est élevée à la cour de France. Le 17 mai 1284, elle entre en possession de son héritage et scelle jusqu’à l’avènement au trône de son époux (5 octobre 1285) comme reine de Navarre et comtesse de Champagne au moyen d’un premier grand sceau, doublé au revers d’un contre-sceau héraldique, dont cinq empreintes sont conservées.

L’administration de la Champagne appartient dans la réalité au roi mais Jeanne dispose à partir de 1285 d’un nouveau modèle comme reine de France. Probablement gravé par un orfèvre parisien, ce second grand sceau, documenté par trente-trois exemplaires de cire verte sur lacs de soie rouges et verts, est apposé aux côtés de celui de « son cher seigneur et époux, notre roi », pour des actes à valeur perpétuelle produits pour la gestion de sa principauté. Entre octobre 1285 et le 4 avril 1305 en effet, date de la mort de Jeanne au château de Vincennes, le couple royal se rend en Champagne à quatorze reprises afin d’y exercer son pouvoir seigneurial, avec plusieurs longs séjours entre 1300 et 1303. 

Portrait de Jeanne de Navarre
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

Les sceaux des princesses de Champagne sont les témoins privilégiés des modes et des usages de leur temps. Couronnée, Jeanne est représentée debout, à l’intérieur d’une niche d’architecture figurant de part et d’autre les écus de France et de Navarre, portant un sceptre de la main droite, celle de gauche tenants le cordon de son manteau. La légende, qui court sur le pourtour du sceau, définit l’ensemble des titres portés par Jeanne, « par la grâce de Dieu, reine des Francs et reine de Navarre, comtesse palatine de Champagne et de Brie ». Au revers, le contre-sceau rond (37 mm) figure un écu mi-parti arborant les armoiries de son époux (un semé de fleurs de lis) et l’association des armes de ses domaines, la Navarre (un rais d’escarboucle) et la Champagne (une bande accompagnée de deux cotices).

 

Nous savons par ailleurs que ces deux matrices réginales, celle du grand sceau et du contre-sceau, étaient à la garde du chancelier de Champagne, Martin de Bachambre, en charge d’apposer le sceau de Jeanne. Cette panoplie sigillaire est complétée d’un sceau du secret, à usage privé, détenu par une certaine Mabilete, l’une des vingt dames de haut rang et de domestiques composant l’hôtel de la reine de France au moment de la naissance au château de Creil, le 18 juin 1294, du futur roi Charles IV.

 

Arnaud Baudin

juin 2026

 

Carte d'identité

Cote : Arch. dép. Aube, 42 Fi 98

Date : [1285-1305]

Analyse : deuxième grand sceau et contre-sceau comme reine de France

Support : empreinte détachée de sceau en navette (89 × 51 mm), de cire verte sur lacs de soie rouges et verts

Pour aller plus loin

Bibliographie

Arnaud Baudin, Emblématique et pouvoir en Champagne. Les sceaux des comtes de Champagne et de leur entourage (XIe-XIVe siècles), Langres, 2012.

Murielle Gaude-Ferragu, « ‘Le jeu de la dame’ : pouvoir politique et mémoire dynastique dans le testament de Jeanne de Navarre, femme de Philippe le Bel (1305) », dans Comptes rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, vol. 2024/4, Paris, 2025, p. 1645-1667.

Élisabeth Lalou, « Le gouvernement de la reine Jeanne (1285-1305) », 1285-1985, autour du 7e centenaire du rattachement de la Champagne à la France : la future Haute-Marne du IXe au XVIe siècle. Actes des journées haut-marnaises d’art et d’histoire (Chaumont, 26-27 avril 1985), Les Cahiers Haut-Marnais, t. 167, 4e trimestre 1986, p. 16-30.

Élisabeth Lalou, « Le rattachement de la Champagne au royaume : un lent cheminement (1274-1361) », dans Passavant le meilleur ! La Champagne au temps des comtes, A. Baudin (dir.), Milan, 2026, p. 196-203.

Marie-Adélaïde Nielen, Corpus des sceaux français du Moyen Âge, t. 3 : Les sceaux de reines et des enfants de France, Paris, 2011, p. 81-83.

Un mois, une œuvre

Des armoiries célestes ou la revendication d’un pouvoir de droit divin par le comte de Champagne

Scènes de chasse dans la Champagne du XIIIe siècle

Une crèche sigillaire du XIIIe siècle

Partager cette page :